mardi 8 février 2011

Vincent Courtillot et le rafraîchissement climatique

Dans une tribune publiée par Le Figaro de ce mardi, Vincent Courtillot s’interroge sur le sens à donner à l’épisode froid que nous avons connu cet hiver par rapport au changement climatique.

Vers un rafraîchissement ?

Ce serait - tout au moins pour une bonne partie de l’hémisphère Nord - l’hiver le plus froid depuis quatre décennies. Est-ce là la preuve que le réchauffement climatique a cessé ? Le climat étant défini comme la tendance d’une variable météorologique (comme la température) sur une trentaine d’années, il n’a a priori rien à voir avec un extrême saisonnier isolé, fût-il planétaire… Il nous faut plus de recul. La courbe des températures fournie par le Meteorological Office britannique fait état d’un réchauffement moyen de l’ordre de 0,7 °C entre 1850 et 2000 : un refroidissement de 1870 à 1910, un réchauffement de 1910 à 1940, un léger refroidissement de 1940 à 1970, un réchauffement de 1970 à 2000 (le « réchauffement global » qui effraie tant). Mais le maximum a été atteint en 1998 (année à El Nino) et c’est un léger refroidissement qu’on observe depuis. Tout au plus une stabilité, un plateau, en nette rupture avec la tendance des trois décennies précédentes.

Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec), le réchauffement serait imputable à l’augmentation dans l’atmosphère du gaz carbonique rejeté par l’homme. Pour d’autres scientifiques, minoritaires, mais de plus en plus nombreux et dont je suis, il correspondrait à la sortie d’un cycle de mille ans piloté par l’activité du Soleil. Nous pensons en effet avoir mis en évidence des signatures solaires dans les températures moyennes et leur variabilité en Europe, en Amérique du Nord et de l’Ouest, ainsi que d’autres indicateurs impliquant la circulation des vents ou certaines oscillations climatiques dans le Pacifique. Reste désormais à trouver le mécanisme, mais nos résultats publiés dans des revues scientifiques internationales tiennent toujours. Des scientifiques de renom, comme H. Svensmark ou B. Tinsley, proposent qu’un rôle important soit joué par les rayons cosmiques ou les courants ionosphériques et leurs effets sur la répartition des nuages. Lindzen, Singer, de Jager, Shaviv, Wunsch… contestent également les conclusions du Giec.

Lors du débat sur le réchauffement climatique à l’Académie des sciences, plusieurs de ses membres ont émis des doutes. De nombreux géologues et géographes les partagent. Le rapport qui a suivi, remis à la ministre, évoque bien « la forte modulation sur des périodes annuelles et multidécennales » de la température avec « deux périodes de plus forte augmentation (approximativement de 1910 à 1940 et de 1975 à 2000) encadrées par des périodes de stagnation ou de décroissance » . Mais il oublie de préciser que la température a tendance à décroître, tout au plus à stagner, depuis une décennie…

Il est aussi mentionné que « si le cycle de 11 ans de l’activité du Soleil tendait à diminuer d’intensité, comme cela a été le cas dans le passé, un ralentissement graduel du réchauffement global pourrait se produire » et que « les effets potentiels de l’activité du cycle solaire sur le climat sont l’objet de controverses mais donnent lieu à des recherches actives ».

Ce rapport est, en fait, la juxtaposition de deux points de vue contradictoires, mais ne comporte ni véritable synthèse ni conclusion. Cela n’a pas échappé au philosophe Luc Ferry qui rappelle, dans sa chronique du 10 novembre dernier au Figaro, qu’il n’est nullement certain que le réchauffement soit dû à l’augmentation des gaz à effet de serre, que la planète fut au moins aussi chaude qu’aujourd’hui durant une longue période située au Moyen Âge et que, depuis 1998, il n’y a plus aucun réchauffement climatique. Citant l’ouvrage récent de Jean Staune, La Science en otage, Ferry souligne que Jean Jouzel ne nie nullement la réalité de ce plateau, et avoue que, si celui-ci devait durer encore dix ans, « c’est Courtillot et les climatosceptiques qui auraient raison ». Dans mon dernier livre (Nouveau Voyage au centre de la Terre, Odile Jacob), je souligne les aspects dogmatiques et quasi religieux de la tournure prise par ce débat, qui échappe désormais largement à la rationalité et aux scientifiques…

Seule l’observation de la « vraie » nature, et non pas de projections informatiques, permettra de trancher (ou de trouver une autre cause que le Soleil ou les gaz à effet de serre). Des physiciens du Soleil éminents, comme de Jager, pensent que le soleil passe de manière irrégulière par trois états que j’appellerai fort, moyen et faible. Nous venons de passer de l’état fort, qui avait prévalu pendant trois décennies (période de réchauffement), à l’état moyen (début de refroidissement léger). Le dernier état faible a correspondu au fameux minimum de Maunder des taches solaires et au coeur du « petit âge glaciaire » au XVIIIe siècle. De Jager pense que nous pourrions tomber dans l’état faible vers 2060. Prévoir un léger refroidissement pour les quelques décennies à venir ne semble donc pas déraisonnable…
  
MISE A JOUR (15/03/2011) : Pour lire la version longue de cette tribune publiée dans Le Figaro, cliquez ici.
  

4 commentaires:

  1. Vincent Courtillot n'a toujours pas été brûlé en Place de Grève ?

    Après ce genre de déclarations, c'est le moins que l'on puisse faire.

    Oser prétendre indirectement que les taxes et les bonus carbones, les éoliennes et les panneaux solaires ne servent à rien et coûtent cher à la collectivité.

    Cordialement
    Murps

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  2. Tiens, un inquisiteur !!!
    En effet Mr Courtillot aurais était brulé vif ou décapité sur la place public il y a quelques siècle pour oser s'opposer au dogme intégriste des réchauffistes.
    Mais vous connaissez bien mal le discourt de Mr Courtillot, car il est le premier à dire qu'il faut arrêter de bruler du pétrole dans des moteurs et arrêter de polluer la terre.

    De mémoire je ne l'ai JAMAIS entendus critiquer taxes, eolien, solaire etc etc ...

    Il ne faut pas confondre la recherche sur les causes du réchauffements et les choix politiques et économiques pris par nos politiques.

    Mais il suffit de visionner les vidéos de Mr Courtillot, il vous expliquera ça bien mieux que moi...
    Et ça tombe bien, vous en trouverez plein sur ce blog ;-)

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  3. Pour un même phénomène, il existe potentiellement plusieurs théories logiquement incompatibles entre elles pour en rendre compte. Merci au professeur Courtillot pour nous rappeler cette vérité épistémologique.

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