En janvier 2007, Vincent Courtillot et son équipe publient un article consacré aux relations entre le climat de la Terre, son champ magnétique et le Soleil dans la revue Earth Planetary Science Letters (Courtillot, EPSL 2007). Il est intitulé "Are there connections between the Earth's magnetic field and climate ?"En réponse aux critiques des climatologues Edouard Bard et Gilles Delaygue (Bard & Delaygue, EPSL 2007), le géophysicien publie un nouvel article dans la même revue (Courtillot, EPSL 2008). Dans le même temps, Vincent Courtillot est la cible d'une série d’articles diffamatoires parus dans les quotidiens Libération, Le Monde et Le Figaro.
Dans un document (pdf), disponible sur le site de l'Institut de physique du globe de Paris en annexe d'une conférence sur le climat de janvier 2008, Vincent Courtillot revient sur cette "affaire". Il y mentionne le déroulé du traitement des articles par la revue scientifique et les textes des trois lettres envoyées aux journaux en exercice du droit de réponse. Un droit de réponse publié par le seul quotidien Le Monde, dans une version largement censurée.
Je reproduis ci-dessous, celui adressé au quotidien Libération, en réponse à l'article du journaliste Sylvestre Huet (photo).
Paris, le 07/01/2008
De Vincent Courtillot à Laurent Joffrin (Libération)
Coup sur coup, avec un ensemble assez saisissant, les trois principaux quotidiens nationaux français se sont fait l’écho de propos purement et simplement faux et profondément diffamatoires à l’égard d’un groupe de chercheurs dont je fais partie. L’article de Sylvestre Huet dans Libération est sans doute l’un des plus faux et des plus venimeux. S. Huet se pense autorisé à nous accuser, parfois en citant des sources mais aussi parfois de son propre chef, de nous être « ridiculisés », de « grossière erreur », de « mauvaise conduite », de « fausse courbe », pour terminer avec vulgarité en nous disant « pris la main dans le sac », se demandant enfin « comment expliquer les complicités nécessaires à la parution d’un article aussi vérolé » (sic).
On ne peut guère imaginer plus graves accusations à l’encontre de chercheurs. J’adresse à Libération et à Sylvestre Huet, qui a commis cet « article », et au nom de mes collègues incriminés, Jean-Louis Le Mouël, Yves Gallet et Frédéric Fluteau, le démenti le plus cinglant.
Quelle est donc notre contribution ? Nous pensons avoir apporté des observations nouvelles et originales, plus convaincantes qu’auparavant, d’un lien probable entre variations du champ magnétique terrestre et irradiance solaire (énergie lumineuse en provenance du soleil) et d’un lien possible avec la température moyenne du globe, lien qui se perdrait vers les années 1980 où émergerait un réchauffement anormal, attribué généralement aux gaz à effet de serre. Spécialistes du magnétisme, nous pensons apporter des observations magnétiques nouvelles et non contestées sur les relations entre magnétisme terrestre et activité solaire, et des suggestions sur le débat général sur le réchauffement climatique. Mais ceci est un débat de nature scientifique et par essence discutable. Ce qui n’est pas acceptable c’est la dérive du débat scientifique vers la calomnie pure et simple.
Il semble que la source principale des « informations » dont fait état Libération ait été le « blog » d’un chercheur américain, M. Pierrehumbert. Sylvestre Huet croit également pouvoir affirmer que E. Bard aurait écrit que « notre démonstration sort des normes scientifiques et relève de la manipulation des données ». Si cela se révélait exact, E. Bard lui-même aurait participé à la diffamation. La date choisie pour la publication de cet « article » a été celle de la mise en ligne sur le site électronique de la revue internationale de sciences de la terre « Earth and Planetary Science Letters » (EPSL) d’un commentaire d’Edouard Bard et de Gilles Delaygue. Ceux-ci critiquaient la note scientifique que nous avions publiée dans la même revue, au début de l’année (contrairement à ce qu’écrit S. Huet ce n’est pas eux qui nous « répondaient », mais nous qui avons répondu à leur commentaire). En même temps que le commentaire critique était mise en ligne notre réponse à ce commentaire, y répondant point par point : elle n’est nulle part citée par S. Huet. Il n’y a pas lieu de commenter ici plus avant le contenu scientifique des commentaires critiques et de nos réponses. Les lecteurs intéressés pourront se reporter à la revue EPSL. Mais l’article de Libération et le blog de Pierrehumbert formulent des accusations graves, mensongères et démontrablement fausses. Notons que S . Huet n’a pratiqué aucune vérification des allégations dont il se faisait l’écho, voire le promoteur.
Sans trop rentrer dans les détails techniques, il nous a été reproché d’avoir utilisé des données dont les références n’étaient pas ce que nous disions. Notamment une série de données que nous attribuions à un chercheur britannique, M. Jones, n’était pas reconnue par ce chercheur comme provenant de lui. Nous avons établi que ce chercheur faisait erreur et que les données étaient bien les siennes et que nous n’avions en rien altéré ses données. Nous les attribuions en revanche par erreur à tout un hémisphère de la terre alors qu’elles étaient en fait réduites à la zone de latitudes allant de 20°N au pôle. Cette confusion résulte principalement d’un manque de clarté des légendes des articles de Jones et de ses co-auteurs eux-mêmes, mais surtout, et c’est le plus important pour le débat scientifique, elle est sans conséquences sur nos conclusions, les diverses séries de données concernées étant peu différentes, comme il est aisé de le vérifier. Dans la note évoquée par S. Huet, Bard et Delaygue nous ont accusés de fausse citation, en arguant du témoignage (erroné) de Jones. Cette note était donc pour le moins mal venue et il est tout de même étonnant que son retrait, décidé par le rédacteur d’EPSL, ait été utilisé pour nous porter des accusations injustifiables. Puisque nous sommes apparemment entrés dans la civilisation du blog, citons celui que M. McIntyre (www.climateaudit.org) oppose à M. Pierrehumbert (nous ne connaissions au préalable et n’avions de lien avec aucun de ces deux chercheurs) et qui confirme jusque dans le détail ce que nous disons ci-dessus et que nous exprimions dans notre propre réponse au rédacteur d’EPSL. L’ensemble des bases des accusations de S. Huet et de ceux dont il se fait le porte-voix se révèle donc entièrement faux.
Cette série de propos diffamatoires est une honte pour ceux qui en sont les auteurs et pour ceux qui les ont propagés sans souci de vérification.
Vincent Courtillot,
Professeur à l’Université Paris-Diderot
Membre de l’Académie des sciences
Membre de l’Académie des sciences
EN PLUS : Voir aussi la conférence (vidéos n°2 et 4) donnée par Vincent Courtillot en janvier 2008, durant laquelle le géophysicien répond aux critiques scientifiques et médiatiques de ses travaux.
EN PLUS : Le texte de Vincent Courtillot (ici) et la réponse d'Edouard Bard (ici) publiés lors du débat sur le climat organisé par l'Académie des sciences à Paris, en septembre 2010.
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